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Évaluation des sources : privilégier la sélectivité

Autrice : Carole Tisserand-Barthole, rédactrice en chef de BASES et NETSOURCES

Veille concurrentielle
Évaluation des sources
Méthodologie

Nous avons vu dans le précédent billet comment identifier des sources pertinentes par rapport à un périmètre de veille donné. Cette identification, appelée sourcing, est essentiellement technique et fait appel à des méthodologies éprouvées. Ce n'est cependant qu'une première étape : les sources détectées doivent ensuite être qualifiées avant leur mise sous surveillance.

La diversité et l'hétérogénéité des sources sur le web ouvert et les réseaux sociaux rendent cette phase d'évaluation plus cruciale encore, et plus complexe.

Comment faire confiance aux sources d'information dans un contexte d'infobésité et d'agitation autour des fausses informations ? Quelles sources méritent d'être véritablement mises sous surveillance pour constituer un corpus fiable ?

Une veille concurrentielle regroupe plusieurs types de veille aux exigences différentes

La veille concurrentielle rassemble en réalité des veilles distinctes : la veille e-réputation, pour savoir ce qui se dit sur un concurrent, la veille technique et scientifique, pour suivre son activité de recherche, la veille sur sa stratégie, la veille marché ou commerciale. Ces différents aspects ne requièrent pas la même exigence en matière d'évaluation des sources.

Pour l'e-réputation, toutes les sources peuvent a priori être intéressantes, indépendamment de leur place dans l'échelle de valeurs du veilleur.

La question se pose également assez peu pour une veille technique, à l'exception des revues prédatrices. Les sources de référence s'y trouvent assez vite :

  • elles sont connues et réputées dans le secteur, et recensées dans les catalogues de bibliothèques, les sites institutionnels et autres supports de référence

  • elles font partie de la culture de l'entreprise et sont parfaitement référencées.

  • elles sont facilement communiquées par les experts, souvent les clients, avec qui l'on travaille.

On rangera dans cette même catégorie la veille économique, que l'on pratiquera plutôt via des sources réputées et connues pour chaque pays.

La qualification des sources concernera donc surtout les sphères sociale, politique et des sciences humaines, ainsi bien sûr que la sphère grand public, où les veilleurs vont assez peu.

Quand on construit sa veille à partir des énormes stocks de données offerts par le web et les réseaux sociaux, il est très difficile de déceler qui se trouve réellement derrière une source, et d'évaluer le sérieux de l'entreprise ou de la personne, ou des éléments très impactants comme le modèle publicitaire et la ligne éditoriale. C'est plus difficile encore dans une langue que l'on ne maîtrise pas.

Quelques critères pour évaluer la qualité d'une source

En matière d'évaluation des sources, il n'existe pas de méthode miracle. Voici quelques critères qualitatifs relativement objectifs, qui serviront à encadrer la mise en place du dispositif.

  • rechercher les avis sur cette source, via les moteurs de recherche et Wikipédia

  • regarder les liens entrants, c'est-à-dire quels sites ou pages citent cette source, grâce à des outils de backlinks ou en saisissant son nom dans un moteur

  • examiner les comptes sociaux de cette source, ainsi que leurs abonnés et abonnements

  • rechercher de l'information sur certains des journalistes, afin de savoir ce qui se dit d'eux

  • utiliser en complément des outils d'évaluation des sources comme le Décodex ou NewsGuard

  • éliminer les sources qui ne font que reprendre des informations publiées ailleurs, que l'on repère assez vite quand on surveille un sujet

  • observer les fréquences de mise à jour

  • combiner différents points de vue en diversifiant les types de sources : surveiller une entreprise nécessitera par exemple de suivre son site web autant que les comptes des syndicats.

  • réévaluer régulièrement les sources, en fonction de l'évolution de leur ligne éditoriale ou de leur obsolescence face aux évolutions technologiques

  • privilégier quand c'est possible les sources hébergées sur les grands serveurs ou agrégateurs, dont les catalogues sont globalement de qualité en raison de leurs contrats avec des éditeurs sélectionnés

Une réserve sur ce dernier point : il est souvent difficile pour ces agrégateurs de détecter les changements de modèle économique d'un éditeur, et donc de percevoir la dégradation progressive de la qualité d'une source.

Et si l'on privilégiait la qualité plutôt que la quantité ?

Lorsque l'on démarre une veille, il faut se poser la question du nombre de sources. Une veille portant sur des milliers ou des millions de sources n'a généralement aucun sens, elle est irréaliste et même contre-productive.

La construction d'un dispositif de veille requiert avant tout de la sélectivité. Il faut raisonner en termes de qualité, non de quantité.

Ces dernières années, un certain nombre de plateformes de veille intégrant des milliers de sources de façon indistincte ont perturbé le jeu, en vendant l'idée que la performance était liée au volume.

Chez FLA Consultants, nous pensons que la veille est un travail d'orfèvre, avant tout humain, qui passe d'abord par l'évaluation de chaque contenu apporté par une source, en termes de nouveauté, d'analyse et de connaissance ajoutée à celle déjà acquise. C'est ainsi que se fera, pas à pas, le choix des sources à mettre sous surveillance, via un outil de crawling, un agrégateur de flux RSS ou un agrégateur de presse, qui offre toujours des possibilités d'affinage.

Cette logique de constitution maîtrisée d'un corpus conduit, par expérience, à une analyse plus fiable et de meilleure qualité.

Un corpus de qualité n'est pas un corpus figé

Il faut sans cesse revoir son corpus, car le monde de l'information comme celui des entreprises évolue très vite. De nouvelles sources apparaissent ou disparaissent, de nouveaux acteurs intègrent le marché surveillé, de nouvelles thématiques s'ajoutent à la veille.

C'est d'abord en dialoguant avec ses clients que l'on adapte sa veille sur la durée. C'est ensuite en enrichissant manuellement son corpus, régulièrement, et en mettant en place quelques alertes complémentaires.

Si l'humain reste au cœur d'une veille concurrentielle réussie, on ne peut faire l'impasse sur les outils qui viennent assister le veilleur aux différentes étapes.

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